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dimanche 3 août 2008

Saturate

Melbourne élève le grotesque au rang d’art plus que toute autre ville. Il est coutume de voir au coin d’un trottoir, un peintre colorier des dessins digne d’un élève de CP ; au devant d’une gare, un violoncelliste plus que débutant jouer des études ; un chinois dégénéré raconter de la merde dans la rue. Dans l’état du Victoria il y a plus de 1500 nouveaux arrivants chaque semaine (dont 700 chinois selon mes calculs), je vous laisse imaginer ce que ce surplus de chinois entraine dans la ville : coiffeurs chinois partout, bol de nouilles partout, centre-ville ou l’on voit largement plus d’asiatiques que d’australiens, maire expatrié chinois qui est invité d’honneur aux J.O.

Cette ville est constamment à la limite de la saturation, de nouveaux quartiers entiers sont perpétuellement en construction, certaines lignes de train sont deux fois pires que le RER A ou la ligne 13 et pourtant ce putain de pays abrite 40 millions de kangourou pour 20 millions d’humains. En visionnant Dark Knight return sur l’écran IMAX du Melbourne Museum (qui est aussi grand qu’un immeuble et qui fait perdre 10 ans de vie aux yeux et oreilles), je me disais que les films de la culture comics en étaient arrivés au même point. Ce Batman est désolant. Peut-être encore plus que ne l’était Hancock (si l’on met de côté quelques jolis dialogues entre Heath Leadger et Batman). Les deux partagent le même intérêt pour la solitude comme fatalité première de tout héros. Comme s’il fallait se vêtir d’un moule bite pour se sentir seul. Comme s’il fallait se maquer avec une pouffe pour vaincre la solitude. Alan Moore dans ses Watchmen (au passage, mon dieu la bande-annonce est atroce), l’avait compris mieux que quiconque, « There is nothing else, we’re alone ».

Peut-être que notre monde tout entier en est arrivé là, que tout ce que l’on cherche désormais c’est à retarder le plus possible l’échéance avant saturation. Où peut-être que ces consanguins de chinois auront notre peau avant, avec leurs nouilles molles et imbitables.


dimanche 6 juillet 2008

Kaléidoscope

“The inequalities in the world are like the combinations in a kaleidoscope; at every turn a fresh picture strikes the eye; and yet, in reality, you see only the same bits of glass as you saw before.“ A.Schopenhauer.


Aujourd’hui, 7H10am, Wong et ChunLi me réveillent avec leurs sonneries de portable chantant en chinois. Je pars jogger dans le Royal Botanic Garden. Melbourne est une ville métamorphe, le temps, les gens, les quartiers, les parcs : tout semble changer au fil des heures pour se perdre dans une multitude de possibles. Il y a de ça dans Speed Racer, kaléidoscope protéiforme d’expérimentations pop (postwarholiennes c’est évident) totalement ancrées dans les obsessions asiatos steam punk des Wacho. Innover dans un monde fini en s’affranchissant de ses limites – ou du moins avoir l’illusion de s’en affranchir -. Il y a deux temps forts dans le film qui corroborent cette idée du dépassement illusoire.


On pense au début de Speed Racer et à cette scène folle où le petit garçon déambule dans un coloriage comme dans un rêve. Puissance de l’imagination, supériorité apparente de cette dernière sur une réalité qui n’est que combinaisons, répétitions. On n’a fait que tourner le kaléidoscope pour tomber sur un autre schéma. Il faudra attendre les dernières secondes de la dernière course pour arriver à quelque chose qui dans le cinéma populaire n’a de comparable que la scène de voyage de lumière dans 2001 l’odyssée de l’espace.


Le franchissement de la ligne d’arrivée, déformation ultime de la réalité, n’est possible qu’après la symbiose de l’homme et la machine et n’a pour seul but que de dresser un habile jeu de miroirs, forcément abstrait ; ce qui est cool chez les Wachowski, c’est que le rêve n’est plus une issue crédible, le monde virtuel l’a remplacé. So modern.


De voir le TIME conclure leur article sur la modernité cinématographique par ça : « Speed Racer brings the virtual movie to full maturity--the, for now, ultimate blending of man and machine. If you watch the film, are overwhelmed by the assault of seductive visual information and wonder what you're seeing, here's the happy answer: the future of movies. We sing the movie electric.» C’est se dire que quelque chose a quand même changé grâce aux Wachos.

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1738497,00.html

mardi 24 juin 2008

Go Go Tales!

« J’hésite, regarde au travers de la fenêtre et ne vois plus d’oiseaux dans le ciel. Juste des nuages semblant migrer vers d’autres cieux, assumant ainsi un rôle qui n’est pas le leur. Peut être que nous aussi c’est ce que l’on fait. Les voitures le long de l’autoroute filent dans les deux sens, elles se croisent un instant pour surement ne plus jamais se revoir. Et en marchant, à chaque fois que je dépasse un autre être humain, je me demande s’il existe des gens avec lesquels je pourrais me sentir bien, parler de choses et d’autres qui nourriraient mon esprit. Il est plus facile de s’occuper de l’autre, ce corps mortel capable d’ardentes étreintes, tandis que l’invisible n’est qu’inconnues. »

Des images de Go Go Tales me viennent en tête tandis que je savoure mes dernières heures en France. Film ô combien sublime qui représente la quintessence du cinéma de Ferrara. Je conçois l’art comme une perpétuelle évolution n’ayant pour but que de réaliser une œuvre aussi belle, aussi gentille, aussi vraie que Go Go Tales ! Ferrara c’est un peu Dostoievski qui aurait réussi à devenir un grand artiste. Suivait au film un débat avec une femme (Nicole Benez i think) parlant de Ferrara (une simple femme, qui plus est en tailleur n’est pas a même de parler de Ferrara c’est évident) qui ose dire qu’il ne se passe rien du tout dans ce film et que la majorité du temps est vouée a une critique sur des putes dansant dans un night-club et qu’en plus l’argent est omniprésent et domine tout le film tandis que Willem Dafoe dit à voix haute « Je m’en bas les couilles du fric je veux juste que tout continue ! ». Effarant. Grand film sur la souffrance d’exister, sur la vie comme non-évènement, car dans un monde ou tout est un perpétuel recommencement comment milles bonheurs pourraient être supérieurs à une souffrance. L’erreur serait de croire que Ferrara est un pessimiste. C’est un Schopenheurien, il aime l’humanité plus que tout et son cinéma n’a qu’un seul but : nous aider à survivre, à surmonter l’omniprésence de la souffrance et de l’ennui tout au long de notre existence. Et je repense à Willem Dafoe, impérial, allongé tel César, sa chemise italienne supra cool (je veux la même) ornée de boutons rouges et ce visage sculpté au burin comme si dieu avait immortalisé là l’acteur dans son meilleur rôle, un rôle de gentil. Aristote disait que durant la vie l’on apprend à devenir heureux, Schopenhauer que l’art est le seul baume aux maux de notre existence sans but. Chez Ferrara il y a un peu des deux. Je pars bientôt, là-bas, à plus de 16000 km de Paris. L’Australie m’apparait comme une dernière tentative vaine de croire en l’homme, de croire que Schopenhauer a tord ou du moins pas tout a fait raison. Je ne vais rien chercher là-bas, je m’enfuis c’est tout et je m’aperçois que je commets peut-être la plus grande erreur de ma vie. J’ai envie de parti de me faire oublier de devenir ce que j’ai toujours voulu devenir. De me démarquer. On a tous envie de se démarquer seulement, l’on ne s’en croit pas capable. Human Nature Sux.